vendredi 17 juin 2011

Cette douleur n'est pas la nôtre

Je me permets de reproduire ici la traduction effectuée et publiée par le Collectif Van de l'excellent article de Serhat Uyurkulak. Cet article initialement paru en turc sur le site Birdibir a été traduit en anglais par Azad Alik puis en français donc.

Avec un courage intellectuel rare, Serhat Uyurkulak pourfends ici non seulement le négationnisme d'Etat de son pays mais également la rhétorique captieuse de certains intellectuels turcs visant d'une part à réduire le génocide arménien à une affaire sentimentale de douleur, d'autre part à faire de cette douleur une douleur commune et finalement à lui attribuer une source indéterminée.

Cette douleur n’est pas la nôtre

Collectif Van - Azad Alik - Birdirbir

Il y a besoin de justice, pas de compassion

De Serhat Uyurkulak


J’estime avoir de la chance de ne pas avoir vu beaucoup de décès de près. Mais, lors de la plupart des visites de condoléances, j'ai assisté à la même scène. Alors que la souffrance montait en flèche pour atteindre un degré presque palpable, quelqu'un fondait soudain en larmes et gémissait, disant qu'il voulait sortir le défunt de sa tombe et allant jusqu’à indiquer sa volonté de prendre sa place. Sous le regard étonné des membres de la famille, les gens s’interrogeaient discrètement les uns les autres pour savoir qui cette personne pouvait bien être. Et, souvent, il s'avérait que 'le voleur de chagrin' était quelqu'un que sa conscience tourmentait car il se sentait redevable au défunt de quelque chose, d'une façon ou d'une autre. La chose la plus étrange, c’est que la famille en oubliait presque sa propre peine pour que le ‘voleur de chagrin’ se sente mieux. Le vrai supplice commençait quand il lui incombait, à elle, de consoler cette personne qui avait quelque chose sur la conscience.

Je souhaite vraiment être quelqu’un ayant une conscience et une vie sans tache et j'essaie de faire de mon mieux pour vivre selon ce principe. « Avoir la conscience tranquille » est une expression utilisée dans la déclaration de l’initiative « Cette souffrance est la Nôtre », publiée de plus en plus souvent dans les réseaux sociaux et autres médias au fur et à mesure qu’approchait le 24 avril [1]. La déclaration affirmait que ce qui avait été fait aux Arméniens, qui étaient des sujets ottomans en 1915, devait être qualifié de crime contre l'humanité. De plus, les auteurs appelaient chacun d'entre nous, qui étions « unis sur la base des valeurs fondamentales de l'humanité », à déclarer que 1915 était « la douleur commune » de chaque personne vivant en Turquie.

mercredi 15 juin 2011

Quelles pistes contre l’effacement de l’Europe ?

La doctrine économiste de l’Union européenne ne lui assure plus aujourd’hui le leadership moral et politique qu’elle prétendait atteindre et elle est de ce fait largement contestée par les nations de l’Union. Pour assurer sa relance, l’Europe doit se doter d’un nouveau paradigme de développement qui devra faire une place raisonnée au patriotisme européen et qui devra reconsidérer ses alliances stratégiques.

Les derniers évènements de l’actualité internationale ont à nouveau cruellement illustré les insuffisances européennes.

Sur le plan extérieur, confrontée aux révolutions arabes, qui n’avaient semble-t-il aucunement été anticipées par les diplomaties de ses Etats-membres, l’Union européenne donne l’affligeant spectacle de sa désunion et de sa pusillanimité, quand ce n’est pas de son absence : D’un côté, l’Europe du Sud - et singulièrement l’Italie - légitimement préoccupée par des considérations migratoires, se montre fort préoccupée de l’impact démographique des désordres qui frappent les pays de l’autre rivage de la Méditerranée. De l’autre côté, l’Europe du Nord, tout aussi légitimement soucieuse de rigueur budgétaire, n’entend pas dépenser un euro de plus pour assurer le traitement humanitaire et politique de ces crises. Entre les deux, l’Union pour la Méditerranée, qui aurait précisément pu concilier ces différents aspects dans le cadre d’une politique européenne dédiée, brille par une absence qui démontre tout à la fois sa nature chimérique et le peu de considération de nos partenaires européens pour cette structure voulue par la seule France. Au-dessus, et pour couronner le tout, Mme Ashton, notre haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité‎, fait preuve d’une furtivité à faire pâlir d’envie nos meilleurs avions de chasse.