mercredi 13 septembre 2017

La lessiveuse azerbaïdjanaise, carburant de la perpétuation du régime Aliev


On reste un peu pantois devant l’avalanche de scandales qui a suivi début septembre la révélation de l’affaire « Laundromat » par l’OCCRP, un cartel international de journalistes. La publication des comptes bancaires par lesquels le régime azerbaïdjanais gratifie généreusement ses affidés a en effet provoqué des remous en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Hongrie, en Bulgarie, en Belgique, en Italie, en Espagne et même jusqu’en Nouvelle-Zélande.

La grande lessiveuse a arrosé tous azimuts : ici c’est un juge de la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui est mis en cause, là ce sont des responsables politiques locaux, voire nationaux, ailleurs c’est un haut dirigeant d’une institution internationale à la réputation jusque-là immaculée. Les Institutions européennes qui avaient jusqu’alors adopté une attitude complaisante vis-à-vis du régime Aliev ont cette fois réagi : le 13 septembre, le Parlement européen a adopté un amendement par lequel il demande une « enquête approfondie » en dénonçant vigoureusement « les tentatives de l’Azerbaïdjan et d’autres régimes autocratiques de pays tiers d'influencer les décideurs européens par des moyens illégaux ». Quelques jours avant, la Commission des Affaires Juridiques de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe s’est dite très préoccupée par des rapports faisant état « d’un lien entre le Gouvernement azerbaïdjanais et un système de blanchiment de capitaux à grande échelle, qui a fonctionné dans les années 2012 à 2014 et a notamment servi à influencer l’action de membres de l’Assemblée à l’égard de la situation des droits de l’homme en Azerbaïdjan ». Peu après, prenant prétexte d’une énième violation d’un arrêt de la CEDH, Thorbjorn Jagland, le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, a appelé à une « action juridique sans précédent » contre l’Azerbaïdjan.

jeudi 11 mai 2017

Mais que se passe-t-il en Azerbaïdjan ?

L'Azerbaïdjan a récemment été le siège de développements passés relativement inaperçus en France et dont l'interprétation reste encore difficile. Rappelons que l'Azerbaïdjan est un pays du Sud Caucase en état de guerre larvée contre son voisin, la République d'Artsakh (ex Haut-Karabagh) – peuplée d'Arméniens – et que Bakou fait régulièrement porter la responsabilité de ce conflit sur l'Arménie, alliée de l'Artsakh.

Le 5 mai donc, des unités de défense artsakhiote positionnées au Sud-Est de la ligne de contact avec l'Azerbaïdjan ont pu observer des échanges de tirs qui – pour une fois – ne les ciblaient pas mais semblaient opposer différents groupes au sein des troupes azerbaïdjanaises leur faisant face. Une heure plus tard, le Ministère azerbaïdjanais de la défense émettait un communiqué sibyllin indiquant qu'avait été éventé un « complot arménien » au Nord-Est de la ligne de contact et promettant des « représailles impitoyables ». Une information qu'ont rapidement démentie les autorités militaires artsakhiotes par un communiqué plutôt goguenard conviant « la partie azerbaïdjanaise – si elle a tant confiance dans la fiabilité de ses allégations – à inviter les organisations internationales à enquêter sur leur véracité ». Il est vrai que l'Artsakh n'a sans doute ni les moyens ni l'envie de se lancer dans une telle entreprise.

Le 7 mai enfin, le bureau du procureur général, le Ministère de la Défense, le Ministère de l'Intérieur et les Services de la sécurité d'Etat de l'Azerbaïdjan – pas moins – ont rendu publique une déclaration conjointe qui affirme qu'avait été déjoué « un complot mené par un groupe de soldats et de civils en liaison avec les services de renseignement arméniens ». Selon ce communiqué, ces personnes auraient mis en danger rien moins que « l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan contre récompense financière ».